Les pesticides dans l’eau du robinet
Le contrôle sanitaire ne cherche pas « les pesticides » en bloc : il cherche des substances nommées, une par une, et additionne ensuite. Le nombre de molécules recherchées a beaucoup augmenté ces dernières années, ce qui explique une part des dépassements récents.
Quatre valeurs, pas une
On lit partout « la limite des pesticides, 0,1 µg/L ». La réglementation en compte quatre, et la différence entre elles décide de ce qui arrive à un réseau.
- 0,1 µg/L par substance
- La limite de qualité, applicable à chaque pesticide et à chacun de ses métabolites jugés pertinents pour l’eau de consommation.
- 0,03 µg/L pour quatre d’entre eux
- L’aldrine, la dieldrine, l’heptachlore et l’heptachlorépoxyde, trois fois plus stricts que le régime général.
- 0,5 µg/L pour le total
- La somme des pesticides quantifiés, et non des pesticides recherchés : une substance cherchée et non retrouvée ne compte pas. Les métabolites non pertinents n’y entrent pas non plus.
- 0,9 µg/L en valeur indicative
- Le régime des métabolites non pertinents. Ce n’est pas une limite de qualité : la dépasser déclenche des actions correctives, pas une restriction d’usage. C’est aujourd’hui la valeur qui gouverne deux des molécules les plus répandues dans l’eau française.
Aucune de ces valeurs ne dérive d’un seuil toxicologique : elles traduisent un objectif de non-présence, fixé au niveau de ce que les laboratoires savaient mesurer il y a une quarantaine d’années. Un dépassement signale donc d’abord une contamination de la ressource, pas nécessairement un risque aigu, et les autorités sanitaires le disent explicitement.
Le sujet des métabolites
Une molécule appliquée au champ se dégrade en produits dits métabolites, qui peuvent être plus mobiles et plus persistants que la substance mère. Leur apparition dans les analyses ne veut pas dire que la pollution est neuve : elle veut souvent dire qu’on la mesure enfin. Les autorités sanitaires l’écrivent noir sur blanc, la recrudescence des dépassements depuis 2021 tient d’abord à l’allongement de la liste des molécules recherchées, ni l’environnement ni les pratiques agricoles n’ayant changé dans le même temps.
Un métabolite est dit pertinent s’il conserve une activité pesticide comparable à celle de la molécule mère, ou s’il fait peser par lui-même un risque sanitaire. C’est l’ANSES qui tranche, molécule par molécule, et ce classement commande la valeur applicable : 0,1 µg/L s’il est pertinent, 0,9 µg/L en valeur indicative s’il ne l’est pas. Un métabolite non encore évalué est traité comme pertinent, par précaution.
Ce classement change dans le temps, et c’est ce qui rend la lecture d’un historique délicate. L’ESA du métolachlore, longtemps tenu pour pertinent, a été classé non pertinent en 2022 : la valeur qui lui est opposable est donc 0,9 µg/L et non 0,1. Le métabolite R471811 du chlorothalonil a suivi le même chemin en 2024. La chloridazone desphényl, elle, reste pertinente. Comparer une analyse ancienne à la règle d’aujourd’hui conduit donc à des conclusions fausses dans les deux sens.
Les communes où le total des pesticides est la plus élevée
| Étreillers (02) | 9,038 | |
|---|---|---|
| Vaux-en-Vermandois (02) | 9,038 | |
| Droizy (02) | 7,824 | |
| Launoy (02) | 7,824 | |
| Grand-Rozoy (02) | 7,824 | |
| Belle Vie en Auge (14) | 6,833 | |
| Chéry-Chartreuve (02) | 6,345 | |
| Mont-Saint-Martin (02) | 6,345 | |
| Ville-Savoye (02) | 6,345 | |
| Brie (02) | 6,296 | |
| Bucy-lès-Cerny (02) | 6,296 | |
| Cerny-lès-Bucy (02) | 6,296 | |
| Crépy (02) | 6,296 | |
| Fourdrain (02) | 6,296 | |
| Saint-Nicolas-aux-Bois (02) | 6,296 | |
| Beauvois-en-Vermandois (02) | 5,884 | |
| Douchy (02) | 5,884 | |
| Fluquières (02) | 5,884 | |
| Foreste (02) | 5,884 | |
| Germaine (02) | 5,884 |
Dernière valeur connue par commune, tous réseaux confondus, sur les prélèvements depuis 2024 et jusqu’au 30 juin 2026.
Ce qu’on nous demande le plus souvent
Un dépassement signifie-t-il que l’eau est impropre à la consommation ?
Pas automatiquement. En cas de dépassement, l’agence régionale de santé compare la concentration mesurée à une valeur sanitaire, distincte de la limite de qualité, et fixe si nécessaire une restriction d’usage. Une dérogation encadrée par arrêté préfectoral reste possible le temps de remettre la ressource en conformité, pour trois ans au plus, renouvelable une fois, et seulement pour les métabolites pertinents.
Quel filtre retient les pesticides ?
Aucun ne les retient tous, et il faut être honnête sur ce point : l’ANSES juge que l’efficacité des dispositifs domestiques sur les molécules organiques ne peut pas être évaluée, faute de résultats en nombre suffisant. Pour les deux métabolites les plus répandus en France, très solubles, elle constate que l’abattement des traitements classiques est très faible et qu’une efficacité ne s’observe qu’en osmose inverse ou sur un charbon actif à surface spécifique élevée. Sur la saturation d’un charbon, l’ANSES ne dit pas qu’il relargue : elle dit ne pas disposer des données permettant de l’exclure. Respecter les échéances de remplacement du fabricant reste donc la précaution raisonnable.
Vérifier chez soi
Toutes les valeurs de cette page proviennent du contrôle sanitaire officiel. La fiche de votre commune donne le détail, l’évolution et les points de mesure alentour.
Sources
- Anses, détecter et surveiller les pesticides dans l’eau du robinet
- Anses, campagne nationale sur les composés émergents dans l’eau potable
- ARS Grand Est, eaux potables et pesticides : questions et réponses
- Anses, réexamen de la pertinence du métabolite ESA du S-métolachlore
Source des mesures : contrôle sanitaire de l’eau distribuée, publié en données ouvertes par le ministère chargé de la santé (SISE-Eaux). Pour l’information officielle sur l’eau du robinet et la conduite à tenir en cas d’alerte, voir la page du ministère et votre agence régionale de santé.